"Se lancer dans le zéro-déchet ou végétaliser son alimentation, ça s'apprend"

Rencontre avec Tiphaine Fatou, fondatrice de l'Atelier mobile les herbes folles

Tiphaine Fatou en atelier

Basés en région Hauts-de-France, ils sont issus du monde associatif, du secteur public ou de l’entreprenariat. Leur principal point commun : porter un projet fort, beau, positif et inspirant ! Chaque mois, la Maison 6 les invite à se raconter, et à raconter comment ils envisagent l’épineux sujet de leur visibilité en ligne. Comment se faire connaître et mobiliser efficacement sur le web, sans avoir l’impression de se renier ? Comment développer une belle communauté sans y passer des heures chaque jour ? Comment trouver des clients grâce à Internet ? Ils n’ont aucune réponse toute faite. Juste leur expérience à partager !

A la faveur d’une des rares journées ensoleillées de cet été, j’ai retrouvé Tiphaine Fatou à la Voisinerie, un Tiers-Lieu Wazemmois lumineux et confortable, parfait pour échanger au calme. Tiphaine, c’est la créatrice de l’Atelier mobile les herbes folles. A bord de son camion aménagé, elle sillonne depuis trois ans les routes des Hauts-de-France, avec un très joli programme d’ateliers écolos et zéro-déchet. Mais la crise du Covid est passée par là et a violemment bousculé son activité, son rythme, ses repères. Petit bilan d’étape avant des vacances bien méritées, et à quelques semaines de la pleine reprise (c’est presque plein pour septembre !)

Cette année, l'Atelier mobile les herbes folles fête ses trois ans. Trois ans que tu sillonnes les routes des Hauts-de-France avec ton camion au gaz naturel. Trois ans que tu proposes tes ateliers aux petits et aux grands. C’est parti d'où, tout ça ?

Tiphaine Fatou : Ce n’est pas parti de bien loin, en fait ! Cette aventure, c’est un prolongement, presque une suite logique de ma vie quotidienne et de mon parcours personnel. Au départ, je travaillais comme animatrice dans une association à caractère social et culturel. Déjà, j’organisais des ateliers et j’aimais beaucoup transmettre aux autres. Et aussi aller à la rencontre des gens. 


Là dessus, est venu se greffer un questionnement de plus en plus fort sur les dégâts que nous causons à la planète. La nature c’est essentiel pour moi, j’ai un lien fort avec elle depuis toujours et la situation actuelle me fait vraiment du mal. Mais je garde plein d’espoir ! J’ai été très marquée par “Demain”, le film de Cyril Dion et Mélanie Laurent, parce qu’il montre vraiment qu’on peut tous agir, chacun à son niveau. Et qu’à plusieurs, on y arrive encore mieux. Ça a été un vrai déclic ! J’ai commencé à changer mon mode de vie, petit à petit : réduire mes déchets, fabriquer mes propres produits ménagers et cosmétiques. Je suis devenue végétalienne, aussi. Et ça m’a plu. Je me suis sentie vraiment épanouie, beaucoup plus alignée avec moi-même.

A ce moment-là, tu as réalisé que ton mode de vie intéressait beaucoup de gens autour de toi...

Tiphaine Fatou : Exactement ! On m’a posé beaucoup de questions, au travail, dans ma famille, parmi mes amis. J’ai senti énormément de curiosité, d’intérêt, et une vraie envie d’agir chez pas mal de gens. Mais se lancer dans le zéro-déchet ou végétaliser son alimentation par exemple, ce n’est pas forcément évident, ça s’apprend et on ne sait pas toujours par où commencer. C’est en partant de ce constat que j’ai commencé à avoir envie de “prendre par la main” ceux qui veulent avancer dans cette voie, de les aider. Et aussi de le faire de manière positive, simple, concrète… et jamais culpabilisante ! A partir de là j’ai commencé à construire un projet, imaginé mes premiers ateliers et quelques mois après, les herbes folles étaient nées !

Une des grandes particularités de l'Atelier mobile les herbes folles, c’est ce camion aménagé qui t’accompagne depuis deux ans. Qu’est ce qu’il t’apporte de si spécial ?

Camion aménagé atelier mobile les herbes folles

Tiphaine Fatou : Moi, je veux pouvoir aller partout, même là où il n’y a pas de lieu adapté pour m’accueillir. Je veux que mon offre soit accessible à tous et surtout, ne pas me retrouver enfermée à aller voir uniquement les urbains, ou uniquement les purs convaincus.  Le camion me permet tout ça, tout en me transportant le plus proprement possible, puisqu’il roule au biogaz.

Je l’ai conçu avec Hedimag, un fabricant de commerces mobiles qui avait plutôt l’habitude des food-trucks. C’était un beau défi, pour eux et pour moi. Le résultat, c’est un mini chez-moi, super convivial et totalement adapté à ce que j’y fais. Les participants aux ateliers entrent vraiment dans mon univers et ça leur plaît énormément. 

L'Atelier mobile les herbes folles existe aussi sur Internet ! Tu exploites notamment un joli site web, et tu développes ta communauté sur Facebook, Instagram et Linkedin…

Tiphaine Fatou : Mettre en place ma communication digitale, ça a été un gros challenge ! Mais ça a clairement été ce que j’ai trouvé de plus efficace pour s’adresser à mes cibles (NDLR principalement les entreprises et les collectivités). Mon site web je l’ai créé très simplement, avec l’aide d’une amie, puis je l’ai récemment remis à jour avec Laura Hus que j’ai accueillie en stage. C’est un site vitrine assez basique, qui fait plutôt bien son travail. J’avais aussi un blog que j’ai désactivé il y a un an. Aujourd’hui j’aimerais bien le remettre en route parce que je me dis que j’ai énormément de choses à partager, c’est dommage de ne plus avoir cet espace pour. Un exemple : mon père vient de me fabriquer un séchoir à plantes alimenté à l’énergie solaire. C’est vraiment un équipement original et mal connu, il faut que je fasse un article là dessus !


Les réseaux sociaux, j’y suis parce que ça me permet de rester en contact avec les personnes qui ont participé à mes ateliers. Petit à petit, je construis une communauté autour des herbes folles et c’est très précieux. Au niveau commercial, ça a également de l’intérêt, en particulier Linkedin. Après un petit temps de prise en main j’ai trouvé beaucoup de contacts intéressants par ce biais.

Début 2020, comme beaucoup d’entrepreneurs, la crise Covid est venue te frapper de plein fouet...

Tiphaine Fatou : Oui. La crise m’a imposé une énorme pause alors que j’étais en plein décollage. Ça a été très très dur. Comment se sécuriser face aux annulations qui s’enchaînent, au planning qui se vide, aux aides insuffisantes et aux charges qui continuent à tomber ? Que faire de tout ce temps, comment remplir ce vide ?

D’abord, j’ai voulu en profiter pour me former à un sujet qui me passionne, et que j’avais envie de creuser aussi pour les herbes folles : la cueillette de plantes sauvages. Je me suis lancée dans une énorme formation en ligne avec Le Chemin de la nature, que je n’ai d’ailleurs pas encore bouclée. En été, j’ai aussi fait du terrain : un stage d’une semaine dans la Drôme, avec Charlotte Plaideau, une guide professionnelle. Evidemment j’ai appris énormément, mais en plus ça m’a fait beaucoup de bien ! J’ai pu prendre du recul, me questionner, réfléchir à ce que je voulais pour la suite. D’ailleurs je compte prochainement rempiler pour d’autres stages pratiques comme celui-là !

Pour adapter ton activité aux contraintes sanitaires et continuer à faire vivre l'Atelier mobile les herbes folles, tu as écrit un e-book et développé des ateliers en visio. Tu nous racontes ?

Tiphaine Fatou : L’e-book, je l’ai proposé avec l’idée de répondre à l’engouement de plus en plus fort pour le fait-maison. Il s’appelait “10 ingrédients, 3 usages au quotidien”. Aujourd’hui il n’est plus en vente, car à terme j’aimerais l’enrichir et peut-être, un jour, en faire un “vrai livre”. 


Les ateliers en visio, je les ai démarrés dès le premier confinement, sur le principe du prix libre. Ça a très bien marché au début. Même s’il y a aussi eu des périodes un peu plus creuses, les gens avaient vraiment envie d’être là. Les participations ont payé une partie de mes charges. Au deuxième confinement, j’ai même animé des visios pour des collectivités. Cette expérience, c’était vraiment positif et formateur, notamment sur ma manière d’animer. Quand on n’a pas la proximité physique avec les gens, ça change énormément de choses. Il faut faire face à plein d’imprévus. Il faut s’exprimer encore beaucoup plus clairement, car on ne voit pas toujours ce que font les gens chez eux, on ne peut pas les aider autant ni rectifier leurs petites erreurs. Enfin, il faut tout donner pour créer de la convivialité. A distance, c’est parfois un sacré défi.    

Aujourd’hui, les choses ont repris un cours normal ?

Tiphaine Fatou : Oui, j’ai retrouvé mon camion et j’en suis vraiment heureuse. On repart sur les routes à la rencontre des gens. Les premières retrouvailles ont été très fortes d’ailleurs, vraiment émouvantes. Vivement la suite : mon agenda est bien rempli pour septembre, plein de belles choses et de nouvelles rencontres en perspective !

Une formation zéro-déchet, un collectif d’entrepreneurs original… Ta rentrée sera aussi placée sous le signe de la nouveauté !

Tiphaine Fatou : C’est vrai. A la demande de la Ville de Roubaix, je conçois mon premier programme de formation. L’objectif est d’apprendre l’animation d’ateliers à des “ambassadeurs zéro-déchet”. 

Le collectif existait déjà avant le Covid, mais il a été évidemment ralenti par la situation sanitaire. On est en train de le réactiver. Le but, c’est de réunir des intervenants aux compétences complémentaires pour être capables de mobiliser de grands groupes, jusqu’à 40 personnes… et pourquoi pas davantage ! C’est une manière d’être plus forts ensemble, par exemple pour répondre aux besoins de collectivités et d’entreprises plus grandes. J’y crois énormément, à ce type de modèle, mais il faut un vrai socle de valeurs partagées.

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